Le Blog des éditos de l’Ain

Des points de vue…

2007, c’est parti !

bernardbienvenu.jpgLe magazine l’Express ne s’est pas trompé la semaine dernière en titrant « Elysée 2007 : c’est parti ! » Les fameuses Universités d’été de chaque formation politique donnent ces jours-ci le top départ de la principale compétition démocratique même si les écuries présidentielles et les médias s’échauffent déjà depuis de longs mois. Avec cette formidable capacité à ne pas tenir compte des expériences passées ! Huit mois avant le scrutin, aucun sondage n’a jamais révélé l’identité du vainqueur ni même parfois des deux finalistes. Giscard en 81, Barre en 88, Balladur en 95 et Jospin en 2002 en ont fait la douloureuse expérience. Mais rien n’y fait. Oubliant que le scrutin se joue en deux tours, les sondages s’obstinent à nous livrer toujours les mêmes résultats : Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal en duel de choc. François Bayrou a beau s’égosiller et reprocher aux médias leurs supposées compromissions, il aura de toute évidence bien du mal à se frayer un chemin vers le palais tant convoité.

Pour l’heure on est totalement dans le marketing politique, dans le paraître. Or, comme l’a justement dit Lionel Jospin le week-end dernier à La Rochelle « le tuyau ne donne pas le contenu… il faut avoir des idées, des convictions et se prononcer sur les grands problèmes du pays et du monde… » Ces grands problèmes, on les connaît. Ils se nomment « politique de l’immigration, projet européen, réforme et désendettement de l’Etat, réformes des retraites et de la sécurité sociale à poursuivre, vision internationale pour un monde instable et dangereux, choix économico-écologiques… »

Il ne faudra donc pas simplement avoir un « désir d’avenir » (dixit Mme Royal) ou « envie d’avoir envie » comme le chante le récent adhérent (belge ?) de l’UMP, Johnny Halliday. Il faudra que les candidats aient le courage du parler « vrai » et du côté des électeurs, accepter des vérités difficiles.

Raymond Barre qui toute sa vie est resté un homme libre, déclarait au moment de sa retraite politique en 2002 : « Pour gagner l’élection présidentielle, il faut être un tueur… » Jacques Delors qui avait sans doute renoncé en 1995 pour de semblables raisons, ne l’a pas démenti.

On aimerait qu’aujourd’hui se lèvent des hommes et des femmes de leur dimension, jouissant d’une pareille autorité, capables de donner du sens à l’action politique et seulement décidés à tuer nos illusions et nos chimères. Le débat des mois à venir nous donnera-t-il l’occasion d’en voir surgir au moins un ?

août 31, 2006 Posté par Anthony Darmedru | Bernard Bienvenu, Uncategorized | | Pas encore de commentaires

Ecoles privées : « Otages d’une loi non appliquée »

Stéphane Gouraud, directeur diocésain de l’enseignement catholique dans l’Ain, ne souhaite rien de plus que l’application d’une loi désormais connue sous l’appellation « amendement Charasse ». Au départ, il s’agissait d’éviter que des petites mairies laissent leurs élèves partir dans d’autres communes sans supporter l’effort de fonctionnement d’une école sur leur territoire. Cette loi profite par contrecoup aux écoles catholiques sous contrat. Sauf que l’association des maires de France a purement et simplement décidé de ne pas appliquer cette loi, craignant que ça coûte trop cher aux mairies ! Depuis fin juin, l’enseignement catholique a accepté un accord avec cette association d’élus et le ministère du budget : en attendant la lecture du texte de loi par le Conseil d’État, seuls seront pris en compte les cas des élèves en situation de dérogation par rapport à la carte scolaire. En effet, si l’enseignement privé n’est pas soumis à la carte scolaire, on lui en applique les dérogations : un élève habitant Ambronay, par exemple, est scolarisé à Ambérieu parce qu’il n’existe pas de mode de garde et que ses parents travaillent loin, parce qu’il a un frère ou une sœur déjà inscrit à Ambérieu, ou parce qu’il doit recevoir des soins médicaux à Ambérieu… Dans ces cas très encadrés, la mairie de résidence doit financer les frais de fonctionnement de cet élève, dans le privé comme dans le public. La loi dite « Charasse », du nom de l’élu socialiste qui l’a fait voter, impose que toute commune de résidence prenne en charge les frais de fonctionnement de tous les élèves scolarisés à l’extérieur de leur commune, quelle qu’en soit la raison. « Aujourd’hui, les parents paient deux fois : par leurs impôts, puis dans les frais de scolarité », explique Stéphane Gouraud. « Leur choix du privé se “paie” par les frais d’investissements, mais ceux de fonctionnement doivent être pris en charge par la mairie de résidence, selon la loi. »
Face à certains élus qui rallument à cette occasion de vieilles querelles, l’Inspecteur d’académie observe un parfait devoir de réserve et la préfecture de l’Ain, contrairement à d’autres, a décidé de rester en attente du Conseil d’État avant de faire appliquer la loi…
David Guévart

août 31, 2006 Posté par Anthony Darmedru | Uncategorized | | Pas encore de commentaires

Temps de l’enfance

Cet édito paraîtra dans Voix de l’Ain le 25 août

« Il faudrait passer le mercredi au vendredi !»

rentree.jpgAvec les rentrées échelonnées, revoilà le bon vieux débat sur les rythmes scolaires. En France, ce fameux temps de l’enfance est organisé par des adultes qui ne sont pas tout à fait dans le monde des adultes ! Dans les textes, « L’intérêt des élèves » est élevé au statut de “préoccupation unique”. Dans les faits, tout est organisé quand même par les enseignants ou des spécialistes. Résultat : les plannings des écoliers sont en complet décalage avec celui du monde du travail. Les écoles à 4 jours satisfont les parents qui profitent de leur samedi avec leurs enfants, mais font face à un absentéisme certain au moment des jours de rattrapage sur les vacances. Ce rythme est d’ailleurs, selon les chronobiologistes, source de fatigue supplémentaire non compensée par les trois jours de « repos » hebdomadaires et induite par un allongement des trimestres sur les temps de vacances. Après une évaluation succincte, l’Éducation nationale considère aujourd’hui la semaine de 5 jours comme plus favorable et encourage le transfert au mercredi du temps d’école du samedi. Mais les équipes éducatives favorables aux 4 jours se gardent bien de citer ce rapport officiel (www.education.gouv.fr).
Restent les habitudes historiques qui privilégient le mercredi pour le caté, et sur lequel se sont greffées toutes les activités périscolaires. Mais on a bien remplacé le jeudi par le mercredi par le passé. Pourquoi ne passerait-on pas le mercredi au vendredi ? Voilà qui collerait plus au rythme familial. De plus en plus de salariés sont en effet disponibles (RTT obligent) le vendredi après-midi. Au moins les parents pourraient-ils accompagner ce temps libre…
Régulièrement, l’idée de s’aligner sur nos voisins européens revient sur le tapis. Les situations sont trop éparses, avec un temps scolaire qui varie de 175 jours en Grèce à 212 jours au Luxembourg. Mais la France conserve quelques particularismes : c’est la seule à proposer un rythme à 4 jours (le Luxembourg est même à 6 jours !). Elle est une des rares à imposer une année scolaire identique à tout âge, alors que presque partout, il est modifié aux étapes de 6 et 9 ans. C’est aussi le deuxième pays en nombre d’heures scolaires annuelles, mais celui qui a l’un des plus faibles nombre de jours de classe (180). Autrement dit, on demande plus aux enfants, mais on répartit très peu sur l’année.
Plutôt que discourir chaque année pendant les trois semaines que dure la rentrée, n’est-il pas temps d’agir et de bousculer enfin sérieusement les habitudes ?

« Il faudrait passer le mercredi au vendredi !»

août 23, 2006 Posté par Anthony Darmedru | Uncategorized | | Pas encore de commentaires

Pouvoir d’achat…

Pouvoir d’achat
Les chiffres des statisticiens de l’Insee sont difficilement contestables : l’estimation précoce du PIB indique que la production nationale a augmenté en volume de 1,1 à 1,2% au deuxième trimestre 2006. L’économie va bien et la croissance pourrait atteindre, voire dépasser cette année les 2,5% tant espérés.
Une croissance solide permet d’envisager l’avenir avec un autre regard : baisse de la dette et du déficit publics, création d’emplois en secteur privé, bol d’air pour les régimes sociaux… La prudence est de mise cependant, car cette embellie pourrait n’être, comme dans notre ciel du 15 août, que passagère ! En effet, l’économie mondiale s’obscurcit. Et en général, le vieux continent ne met pas longtemps à ralentir dans la foulée des autres.
Ces réjouissances d’experts et de politiques provoquent dans la population un scepticisme bien français, ancré cependant sur des réalités de marché. Où est-elle, la croissance ? Les 300 000 ex-chômeurs qui ont trouvé, à 90%, un emploi dans le privé, en récoltent sans doute les premiers fruits. Mais pour la plupart des consommateurs, le fameux « panier de la ménagère » a plutôt tendance à s’alléger qu’à ressembler à une corne d’abondance, à budget égal. Les baisses d’achats de fruits et légumes, la dégringolade de la fréquentation des restaurants, et d’autres produits courants laissent penser que le pouvoir d’achat des Français diminue. Il n’y a qu’à regarder s’envoler les budgets immobilier, carburant et énergie, pour se rendre compte que ce qui reste en fin de mois à consommer est en train de se réduire ! Mais les consommateurs ne doivent pas omettre non plus de compter parmi les dépenses choisies, et non les charges subies, leur abonnement à la télé par satellite, leur équipement informatique et les connexions Internet qui vont de pair, les nombreux téléphones portables de chaque famille, la Playstation des enfants et le lecteur DVD – home cinéma dernier cri ! Bien sûr, tout cela fait chuter proportionnellement la part des revenus consacrée à l’alimentaire. Ce dernier indice n’est donc plus fiable pour révéler la réalité du pouvoir d’achat. Force est de constater tout de même que l’indice de croissance du PIB n’indique pas non plus la capacité des français à consommer, donc à faire tourner le moteur de l’économie nationale. Les politiques ne doivent pas oublier que le sentiment des électeurs est parfois plus fort que les réalités statistiques. Surtout à un an d’échéances capitales dans lesquelles la santé économique du pays aura une importance majeure…

« Il y a les dépenses choisies et les charges subies »

août 17, 2006 Posté par Anthony Darmedru | Uncategorized | | Pas encore de commentaires

Paix, shalom, salaam…

L’éditorial de David Guévart
Paix, shalom, salaam…
Samedi 5 août, dans un petit village rustique en pierres. Le ciel hésite entre son bleu lumineux et son gris effrayant. Les cloches de l’église invitent les retardataires à se presser. Seuls quelques-uns seront mouillés par l’averse. Le soleil sera revenu une heure plus tard comme pour saluer le bonheur des deux époux qui viennent de s’unir selon le rite et les engagements catholiques. Un beau mariage, pensé, préparé, mûri et accompagné par une belle assemblée, respectueuse et participante. La joie est au cœur de l’événement. Au moment de la prière universelle, les parents du marié ont une pensée très profonde pour la paix au Moyen-Orient. Le papa se révolte qu’au nom de Dieu, des hommes puissent légitimer des actions meurtrières et guerrières comme elles se multiplient dans l’escalade à la violence qui détruit Israël et le Liban. La maman en appelle au message profond de l’évangile, un message commun aux grandes religions monothéistes : celui de la paix, de la fraternité.
L’émotion du moment est renforcée par un joyeux et tonitruant chant accompagné par des instruments : « Evenou shalom alerem (…) nous vous annonçons la paix du Christ ». Comment ne pas se sentir concerné par ce qui se passe au Liban dans des moments pareils ?
Le fanatisme qui agite les deux camps (s’il n’y en avait vraiment que deux, ce serait d’ailleurs plus simple !) est absurde. Quelle bêtise pousse les protagonistes à riposter toujours plus fort aux attaques d’en face pendant que la communauté internationale peine à trouver un projet de résolution et à les inviter à une table de négociation ?
Le fabuleux roman de Yasmina Khadra L’attentat (chez Julliard) prend une résonance particulièrement forte cet été. La vie du docteur Amine, Israëlien d’origine arabe est bouleversée par un drame terrible. Ce jour-là, il opère à la chaîne les innombrables victimes d’un kamikaze qui s’est fait exploser au milieu d’un restaurant de Tel-Aviv. Il apprend que la kamikaze est sa propre femme. Les intégristes musulmans passent pour d’odieux manipulateurs pour lesquels la vie humaine ne compte pas, tandis que les ripostes de l’État hébreu donnent la mesure de ce que peuvent ressentir les innocentes victimes, avant, parfois, de rejoindre les rangs des premiers. Tout cela reste un mystère d’autant plus scandaleux que certains utilisent le prétexte religieux pour expliquer ces délires. C’est prendre Dieu en otage. Et si ce n’est pas la première fois, cela reste ignoble face au nombre de victimes qui n’ont demandé qu’à vivre en paix.

août 9, 2006 Posté par Anthony Darmedru | Uncategorized | | 4 commentaires