Bonne année, bons votes !
2007. Depuis combien de temps déjà cette année est marquée d’une croix sur les calendriers électoraux ? Au moins depuis que Jacques Chirac, honorant une promesse, a décidé le quinquennat. En réduisant de sept à cinq ans la durée du mandat présidentiel en France, il a rompu le charme que Charles de Gaulle avait créé autour de cette fonction. Le régime présidentiel est vraiment devenu ce qu’il tendait à devenir à cause de la cohabitation : un régime parlementaire. A moins que ? A moins que le président élu en 2007 redevienne le chef tout puissant, fort de l’effet d’inertie que son élection personnelle jouera sur les élections législatives dans la foulée. On n’ose imaginer les Français élire un président, et voter le mois suivant pour des députés de tendance opposée, au risque de créer une cohabitation, non de conjoncture, mais d’incohérence. Si tel était le cas, il faudrait évidemment abandonner cette Ve République qui nous est si chère…
Bref, 2007 sera une année historique. Après leur président, les électeurs choisiront leurs députés, puis un an après au plus tard, leur maire, leur conseiller général, et par l’intermédiaire des grands électeurs, leurs sénateurs.
Bien sûr, seuls frétillent les milieux politiques, et les médias qui adorent l’ambiance exaltante des joutes électorales. Mais les Français se glisseront-ils au creux de l’oreille, le soir du réveillon sous le gui : « Bonne année, bon vote » ? Ce n’est pas faute d’une mobilisation générale du monde politique, mais il reste encore, cette semaine, près de trois millions d’électeurs potentiels qui gâcheront leur droit de vote, si chèrement acquis, en ne s’inscrivant pas sur les listes électorales. Et parmi les inscrits, on sait que les abstentionnistes seront comptabilisés en priorité le 22 avril, parce qu’ils joueront malgré eux un rôle d’arbitres. Pourtant, les sujets de société ne manquent pas, dont l’évolution pourrait être radicalement différente en fonction du candidat choisi. Les tentes très controversées dans le monde associatif, des “Enfants de Don Quichotte”, accueillant les SDF à Paris, ne sont que la partie émergée de l’iceberg de la pauvreté, de l’exclusion, du chômage, d’un coût de la vie qui explose… Le malaise des banlieues a fait prendre conscience à pas mal de jeunes qu’il valait mieux glisser un bulletin dans l’urne que jeter un cocktail molotov sur un bus. Espérons que le contexte international, notamment en Orient, la santé publique, l’Education, la réforme des retraites, les créations d’entreprise et d’emplois, l’Europe… seront autant de sujets qui motiveront les citoyens. Tout gaulois que nous sommes, nous ne pouvons pas passer notre temps à ronchonner en craignant que le ciel ne nous tombe sur la tête, sans de temps en temps prendre notre avenir en mains ! Choisir ceux qui auront la charge de conduire les destinées du pays et de la société, ce n’est pas comme voter pour la nouvelle star de l’année. Bonne année et… bon vote !

Les sujets ne manquent pas, dont l’évolution pourrait être radicalement différente en fonction du candidat élu.
Joyeux Noël !
L’éditorial David Guévart
Joyeux Noël !
La société dans laquelle on vit est-elle réellement de pire en pire, comme on l’entend trop souvent ? Le sujet du moment, c’est la pauvreté. Véritable problème central, il ne date pas d’hier. Et qu’est-ce qu’on en dit aujourd’hui ? Que « les fossés se creusent », que les pauvres sont de plus en plus pauvres, que la précarité s’aggrave, que les riches vivent de plus en plus sur le dos des pauvres… Et si l’on arrêtait un peu d’opposer les gens les uns contre les autres ?
Il y a deux mille ans, un bébé naissait dans une crèche, une grange. Dieu s’est fait homme, racontent les évangiles, sous la forme la plus fragile, la plus pauvre de l’époque. Réchauffé par le souffle d’un âne et d’un bœuf. Pourtant, Joseph, époux de Marie, était charpentier. Il avait un métier – qu’il devait apprendre, plus tard, à Jésus. Cela ne le rendait pas riche pour autant. Aujourd’hui, Martin Hirsch, président d’Emmaüs France, identifie la racine de la pauvreté en ces termes : « ce sont les travailleurs pauvres ». Les SDF ne sont pas forcément les clochards d’autrefois, vagabonds sans le sou, pauvres et exclus tout autant par la folie, la maladie, ou par philosophie. Et s’il en reste quelques-uns aujourd’hui dans ce schéma, certaines statistiques affirment que le tiers des SDF a du travail. Des salariés dorment dans leur voiture, se ravitaillent aux Restos du Cœur, appellent à l’aide des structures destinées aux exclus, quand ils ont le courage de demander du secours. Sept millions de français vivraient avec moins de 800 euros par mois.
Noël, ce n’est pas seulement le temps des cadeaux, des débauches d’éclairages et de décorations en tout genre, des réveillons gastronomiques et bien arrosés. C’est aussi, en plein hiver, un temps privilégié pour affirmer sa solidarité. Vivre en chrétien implique cette attitude d’altruisme envers les plus pauvres. Mais pour que cette charité soit efficace, il faut qu’elle se pratique avec espoir, avec le sourire. Pas avec une compassion qui puise sa force dans l’opposition envers « les riches, les nantis, les patrons… », qui peuvent justement aider les premiers. Renouer avec la lutte des classes pour donner de la force aux plus pauvres, c’est jouer contre leur camp ! La meilleure façon de faire jouer la solidarité, n’est-ce pas de tisser des liens entre des mondes qui s’ignorent ? C’est aussi reconnaître que certaines situations difficiles ne le sont pas au regard de ce qui se vivait au début du siècle dernier. Porter un regard positif sur ce que la société moderne offre de confort, d’aide sociale, d’espérance de vie, d’alerte. Joyeux Noël à tous nos lecteurs !
« Noël est un temps privilégié pour affirmer sa solidarité »
La terreur révisionniste
L’éditorial David Guévart
La terreur révisionniste
Enfin ! Enfin des images de jeunes Iraniens protestant contre la politique du dictateur et président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Ce sont les premières manifestations qui surgissent en Iran depuis deux ans. Les réalités internationales, les moyens de communication modernes, sont un rempart contre les dérives tyranniques ayant entraîné l’Allemagne des années trente – et toute l’Europe – dans le conflit mondial meurtrier de 39-45. Car c’est justement une guerre mondiale que recherche le chef d’Etat iranien. L’orient islamique contre l’occident décadent… Et surtout contre l’Etat d’Israël, dont M. Ahmadinejad souhaite qu’il soit rayé de la carte. Comment les citoyens de ces pays peuvent-ils discerner la vérité quand tant de mensonges sont proclamés avec un aplomb déconcertant ?
Une fois de plus, on nage en plein paradoxe. L’Iran assimile Israël au nazisme (!) et fait venir de soi-disant historiens pour démontrer, dans un congrès dédié à cela, que la Shoah n’a jamais eu lieu. Que les camps de concentration, les chambres à gaz n’ont jamais existé… Les français Faurisson et Thiel, condamnés par la justice française pour négationnisme, répandent leurs thèses sur le “mythe” de l’Holocauste. Et en profitent pour déplorer que ces questions ne puissent être débattues en occident, alors même que de véritables historiens, invités mais ayant préparé des documentaires objectifs sur ce qui s’est réellement passé en 39-45 dans les camps de la mort, se sont vus refuser un visa pour Téhéran ! Où est la liberté, la démocratie, la Vérité ?
Bien sûr qu’on peut aborder le sujet en occident. Bien sûr que l’on peut étudier l’histoire. Mais on ne peut tout de même pas en minimiser, voire en nier les épisodes qui nous dérangent ! Si la loi sanctionne le révisionnisme, c’est que le législateur a vite compris que seules des personnes malintentionnées pouvaient avoir intérêt à nier les crimes nazis. Il n’y a que dans les dictatures qu’on efface des chapitres des livres d’histoire… Sous couvert de l’histoire, on est dans l’idéologie antisioniste. C’est comme ça que s’installe la terreur. Quand on dit ce qu’il faut penser, qu’on réécrit l’histoire dans des buts politiques. Le Vatican insiste : “Le souvenir de ces événements horribles doit rester comme un avertissement pour la conscience des hommes”.
Les temps modernes ont parfois du bon. La médiatisation empêche les dictateurs de tourner en rond. Permet aux opposants de s’exprimer et de sensibiliser les organisations internationales aux éventuelles dérives en préparation. Oblige les chefs d’Etat démocratiques à prendre position, à condamner une telle conférence et à la qualifier de “choquante”, “sectaire”, “haineuse”… En espérant que le problème iranien sera bien traité comme une question internationale, et pas, comme l’Irak, laissé entre les mains d’une seule puissance nationale, fut-elle la première au monde !
« Sous couvert d’histoire, on impose une idéologie »
Téléthon et embryon
Pourquoi une polémique sur le Téléthon ? Cette extraordinaire machine à combattre les myopathies et à sauver des gens organise ces 8 et 9 décembre sa vingtième édition. L’an dernier, soutenue par trente heures d’émission de télé en direct, et surtout vécue sur le terrain par des centaines de milliers de bénévoles prêts à tous les exploits pour gagner quelques dons, cette opération a rapporté un peu plus de 104 millions d’euros. En vingt ans, cet argent a permis de découvrir 390 médicaments et de multiplier par trois l’espérance de vie d’un enfant atteint d’une myopathie. Les parents savent combien ils seraient prêts à tout pour sauver la vie de leur enfant si elle était en danger. La règle numéro un, c’est de respecter la douleur des parents, et la générosité des donateurs.
Mais cela n’interdit pas de s’interroger. Un certain nombre d’associations catholiques mettent en cause le fait que 2% de l’argent collecté va à la recherche sur l’embryon. Rien d’obscur ou de caché, et rien d’illégal. Le président de la République lui-même (et époux de “Madame pièces jaunes”), Jacques Chirac, s’est chargé de le rappeler cette semaine, volant au secours d’une des causes les plus populaires de France. Cette intervention rappelle d’ailleurs que si débat il doit y avoir, ce n’est pas sur le Téléthon, mais sur la loi ; si l’Église catholique doit viser un acteur de la recherche sur l’embryon, c’est l’État.
Et que dit-elle, l’Église ? Que l’Homme ne doit pas être l’objet de manipulations. « Les catholiques sont opposés à tout ce qui pourrait faire de l’Homme une réalisation technique plutôt qu’un don d’Amour », explique Monseigneur Michel Dubost, évêque d’Evry-Corbeil-Essonnes, qui a perdu un frère myopathe. Toute la question est celle du statut de l’embryon. Pour les croyants, il est plus qu’un amas de cellules : une personne humaine potentielle. Michel Kubler (La Croix) décrit le choix suivant : « permettre à la science d’intervenir sur l’embryon comme simple ébauche de ce qu’il n’est pas encore, ou le lui interdire au nom de ce qu’il est déjà. Un être humain, en sa pleine singularité et donc sa totale dignité. »
La polémique est vraiment la plus mauvaise façon de poser le débat ; ou la meilleure de l’éviter en obligeant les foules à se ranger dans deux camps qui s’opposeraient : l’AFM d’un côté, l’Église de l’autre. Il faut participer au Téléthon, pour que les scientifiques continuent leur travail pour que l’espoir demeure dans le respect de la vie. De toute la vie. Et ne jamais refuser d’entendre les interrogations sur les moyens de faire avancer la recherche médicale.
« Un embryon n’est pas qu’un amas de cellules »
Par David Guévart