La nation ET l’Europe
Si l’insécurité avait été en 2002 le thème central de la campagne présidentielle, on retiendra vraisemblablement du débat 2007, que c’est l’identité nationale qui s’est jusqu’à présent imposée. Non pas que l’emploi, le logement, la santé ou même l’insécurité aient disparu des préoccupations des Français. Mais force est de reconnaître que ces thèmes là n’ont pas la nouveauté qui fait le succès populaire et la Une des médias.
Parce que le Front national en a fait depuis toujours son fonds de commerce rendant cette thématique taboue, les deux principaux candidats se voient aujourd’hui reprocher de courir derrière Jean-Marie Le Pen, au motif qu’ils agitent à leur tour le drapeau tricolore. Comme s’il suffisait de n’en point parler pour que le problème de l’identité n’existe pas ! Comme si l’écho que le sujet rencontre dans l’électorat n’était pas un juste avertisseur. On se souvient de ce qu’il en a coûté à Lionel Jospin d’avoir sous évalué l’inquiétude que crée l’insécurité dans les esprits et le subconscient collectif…
La question n’est donc pas tant de savoir s’il faut ou pas parler de la nation et de ses symboles, que de s’interroger sur le sens que l’on donne à ces discours là. Parler de la France, de son histoire, de ses racines culturelles qui font débat, de son patrimoine humaniste, autrement qu’en cherchant à culpabiliser un passé évidemment fait d’ombres et de lumières, c’est normal et c’est même nécessaire. On ne sait jamais si bien où l’on va que quand on sait d’où l’on vient. Mais si cet amour de la “mère patrie” devait conduire à se regarder le nombril, à se recroqueviller jusqu’à se refermer derrière des frontières forcément illusoires, alors là, il y aurait danger.
Avant d’ouvrir la boîte de Pandorre, il faut savoir comment on va dompter l’animal politique. On peut vibrer aux intonations de la Marseillaise et aimer le drapeau tricolore tout en étant ému par l’Hymne à la joie et par l’emblème étoilé européen. Avec raison, chaque intervention du Président de la République se fait toujours depuis Valéry Giscard d’Estaing, sur fond des deux drapeaux. Pour bien signifier qu’on ne peut marcher droit que sur nos deux pieds. Au moment où l’Europe nous attend au carrefour des décisions à prendre pour poursuivre l’aventure, ne prenons pas le risque d’interpréter une seule des partitions de la même symphonie. L’Europe et la nation sont désormais constitutives d’une même identité : la nôtre. La paix, la démocratie et la prospérité économique, c’est l’Europe qui depuis 50 ans nous les garantit ! Il faut le répéter sans cesse.
Comme prévu, on a fêté le week-end dernier le cinquantenaire du Traité de Rome dans beaucoup de capitales européennes. Mais hélas pas à Paris !
La paix, la démocratie et la prospérité économique, c’est l’Europe qui nous les garantit !
Dans l’Ain, j’étais bien…
Difficile de quitter ceux qu’on aime. Quitter ma « famille » Voix de l’Ain ne se fait pas sans déchirement. C’est grâce à ce poste de rédacteur en chef que j’ai gagné, vraiment, des racines de cœur dans ce département. La famille Voix de l’Ain ne se résume pas au cercle à la fois chaleureux et professionnel de l’entreprise et de ceux dont le métier est de réaliser le journal chaque semaine, chacun dans sa mission. Je pense aussi à ceux qui font Drôme Hebdo, l’Hebdo de l’Ardèche et la Croix de la Haute-Marne, édités comme Voix de l’Ain par la société HCR (Hebdomadaires catholiques régionaux). Ce sont aussi les correspondants, qui nourrissent la chronique locale et les relations humaines qui font la richesse de notre métier de journaliste, en presse locale et régionale. Et puis bien sûr, les nombreux contacts que nous avons sur le terrain, aussi variés que forts en “‘liant”. Ce qui fait que ce métier de « localier » n’est pas comme les autres, c’est justement cette chance de rencontrer chaque jour des personnes aussi différentes qu’un colonel de gendarmerie, un éleveur, une mère de famille, un élu brillant, un maître d’hôtel, un manifestant, un donneur de sang, un médecin, un artiste, un joyeux, un triste, un jeune, un vieux… Le véritable pouvoir de notre forme de presse, on l’oublie souvent, c’est de mettre en valeur des gens a priori ordinaires. Donc de créer du lien social, de la vie. Une attitude dont on récolte les fruits dans notre vie personnelle. Je souhaite à Nicolas de vivre les mêmes moments intenses avec la rédaction, dans son métier, et avec les « Ainois », comme nos lecteurs ont préféré appeler ces habitants sans nom qui sont bressans, dombistes, bugistes, gessiens ou… revermontois comme je l’étais à Revonnas (le magazine « ça m’intéresse » cite ce mois-ci notre blog sur l’homme et la femme de l’année : www.voixdelainaindien.wordpress.com). Et je souhaite à Voix de l’Ain de rester fidèle à ses valeurs, à son histoire, tout en sachant évoluer avec ses lecteurs, toujours plus proche d’un terrain dont elle sent le cœur battre comme aucun autre média. Au moment de partir, et avec un peu d’ironie, je pense inévitablement à ce slogan qui colle encore aux basques de l’Ain et qui lui donnait une image contraire à son dynamisme naturel : « dans l’Ain, on est bien ! » J’y étais bien plus que « bien »… Et j’y reviendrai avec plaisir et émotion le plus souvent possible !
David Guévart
Nicolas Bernard remplace David Guévart
C’est presque un retour aux sources pour le nouveau rédacteur en chef de notre hebdomadaire ! Un retour aux sources géographiques pour Nicolas Bernard qui est né voici 34 ans à Annecy, où réside une grande partie de sa famille. Un retour aux sources professionnelles aussi puisqu’il a débuté dans le métier en collaborant à l’hebdomadaire catholique savoyard, Courrier Savoyard, aujourd’hui disparu. Depuis les années 90, il a connu un cursus riche et divers. Pendant ses études à Lyon et à l’école de journalisme de Strasbourg, il collabore à diverses publications européennes et nationales. Puis en 1998, il participe à l’aventure de la création d’un hebdomadaire régional en Ille-et-Vilaine, le Journal de Vitré. En 2003, il intègre le quotidien Paris-Normandie à Rouen où il était jusqu’à la semaine dernière, secrétaire de rédaction aux informations générales.
Quatre jours de “cohabitation” cette semaine avec son prédécesseur n’auront pas été de trop pour cette passation de pouvoirs et de flambeau. David Guévart quitte, en effet, le journal, ce vendredi 31 mars, après cinq ans et demi (seulement !) de collaboration. Dès lundi, il sera à Alençon en Basse-Normandie où il est nommé directeur délégué de quatre hebdomadaires régionaux dans l’Orne et la Sarthe. Dynamique et loyal, ambitieux pour le journal et l’équipe de collaborateurs qu’il dirigeait, David Guévart aura incontestablement marqué de son empreinte la Voix de l’Ain et tous ceux qui y collaborent et qui le voient partir avec regret. Un vrai tempérament de leader et un large sourire communicatif lui permettent de s’imposer partout très vite et de se sentir à l’aise avec tout le monde. Il aura, c’est sûr, tôt fait de s’enraciner dans cette Normandie qui l’attend et qui, bonne mère, nous envoie son successeur ! Nous souhaitons à l’un et à l’autre bonne chance dans leur nouvelle mission respective. Ils appartiennent à la même génération et partagent une même passion pour la presse locale. Et puis, comment ne pas remarquer qu’ils ont une autre caractéristique commune : ils arborent fièrement tous les deux une barbichette ! Un vrai signe de continuité et de fidélité.
Bernard Bienvenu
Pactes pluriels
Pacte : « convention de caractère solennel entre plusieurs personnes. » Voilà le mot « clé » de cette campagne électorale. Il y a le « pacte présidentiel » de Ségolène Royal et le fameux « pacte écologique » de Nicolas Hulot. Sans oublier le pacte des agriculteurs de la FNSEA, celui de « Bondy » ou encore le pacte de l’association « AC le feu ». Autant de documents que les candidats ont été sommés de signer comme autant d’actes de reddition. Les leaders politiques ont tous perdu la bataille de l’autorité et de la crédibilité. Il leur reste donc pour survivre, à s’engager noir sur blanc dans des documents qui pourront leur être opposés, avant d’être électoralement fusillés si d’aventure ils ne respectaient pas leur signature. Les journalistes eux-mêmes se sont faits complices de cette nouvelle pratique. A la fin de chaque émission « A vous de juger » sur France 2, Arlette Chabot a fait parapher par chacun de ses invités, un texte qui résumait leur pacte électoral. Comme toujours, le choix des mots n’est pas anodin. On parlait jusqu’ici de « programmes électoraux », de « projets ». Mais la parole politique est à ce point dévaluée qu’il a fallu rajouter un degré supplémentaire dans l’échelle de la sémantique politique pour tenter de réconcilier les électeurs avec la démocratie.
Ce sont donc désormais les groupes de pression organisés qui dictent leurs choix aux candidats et imposent les thèmes du débat. On est bien loin de l’époque où l’élection présidentielle, c’était la rencontre d’un homme habité de convictions et d’ambitions pour son pays, avec le peuple. Et du coup, on perd de vue le sens de l’intérêt général. La question n’est plus : « qu’est-ce que vous ferez pour mon pays ? » Elle est désormais : « qu’est-ce que vous ferez pour moi ? » C’est donc le règne du « je » qui ne s’articule plus avec le « nous » pour faire un « je-nous » qui permette d’avancer* !
Les candidats ont tous essayé de parler de l’Europe et de la panne dans laquelle elle se trouve depuis le « non » français au traité constitutionnel. Mais qui ça intéresse vraiment ? On risque de fêter dimanche 25 mars, le 50e anniversaire du Traité de Rome dans l’indifférence générale. Pourtant, avant d’évoquer une VIe République Française, ne devrions-nous pas débattre de la façon dont on entend réformer les institutions européennes puisque c’est à ce niveau-là que se joue l’avenir ?
Peut-être faudra-t-il attendre pour cela une menace concrète sur nos intérêts vitaux pour qu’on prête enfin à l’Europe l’attention qu’elle mérite. Un consensus alors bâti dans l’urgence, comme on le fait aujourd’hui à propos de l’environnement. Décidément, on ne se refait pas.
* d’après Bruno-Marie Duffé, théologien et philosophe lyonnais
Le droit de laisser mourir
Editorial par Bernard Bienvenu
La question de l’euthanasie ressurgit dans la campagne électorale à la faveur du procès cette semaine devant la Cour d’assises de Périgueux, d’une infirmière et d’une médecin. Ces deux soignantes ont, en 2003, administré une dose mortelle de médicament à une patiente en fin de vie. L’émotion devant un tel drame, déborde du prétoire. Les médias s’y précipitent. La maman de Vincent Humbert et le docteur Chaussoy y défilent comme porte-drapeaux d’une cause évidemment populaire. L’association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) ranime la flamme de son combat et quelque 2000 médecins signent un manifeste dans lequel ils avouent avoir déjà pratiqué l’euthanasie active. Les candidats à la présidentielle eux, sont sommés de se prononcer toute affaire cessante, même s’ils ne brillent hélas pas tous par la clarté de leur position.
Personne ne peut rester indifférent au sort d’un malade qui souffre, d’une famille qui n’en peut plus et d’un personnel hospitalier soumis aux pressions parfois contradictoires. Tout le monde a connu ou connaît des situations où la question se pose inéluctablement : « que faire pour soulager ceux qu’on aime et leur permettre de mourir dans la dignité ? » Mais on oublie trop ces jours-ci de rappeler qu’en avril 2005, le parlement a adopté à l’unanimité de ses membres ( !), une loi dite Léonetti, du nom de son rapporteur et qui, après de longues consultations, a instauré pour les équipes soignantes un droit à « laisser mourir », tout en rappelant l’interdiction fondamentale de « faire mourir ».
Cette loi est encore imparfaitement appliquée bien sûr mais elle a été saluée comme étant une réponse intelligente et sage. A la faveur d’un procès qui juge des faits antérieurs à cette loi, il serait dangereux de remettre ce dossier sur la table. Laissons le temps au temps pour mesurer l’efficacité des nouveaux textes. Les chemins de vérité ne se tracent jamais dans la forêt des émotions et des pressions.
Et puis, il faut le rappeler sans cesse : les demandes répétées d’euthanasie sont rares, très rares. Légaliser l’euthanasie conduirait inévitablement à sa banalisation comme on le voit hélas avec l’avortement. Les questions financières liées aux longs séjours hospitaliers ne seraient pas loin de trouver là des solutions faciles…
« Aucun jour n’est de trop… » disait cet homme pourtant en phase terminale. Sa dignité et son goût de vivre encore, il les puisait dans la qualité des soins qu’il recevait, dans le regard de ceux qui l’entouraient et dans les échanges en vérité que les circonstances rendaient enfin possibles. La plus belle preuve d’amour pour ceux qu’on aime, c’est de leur permettre de vivre entourés et sans souffrance. Pas de leur donner la mort.
Exergue : Les chemins de vérité ne se tracent jamais dans la forêt des émotions
Fragile mémoire politique
L’éditorial de Bernard Bienvenu
du 9 mars 2007
Fragile mémoire politique
La France entière pourrait reprendre en chœur la chanson de Jeanne Moreau : « J’ai la mémoir’ qui flanche, j’me souviens plus très bien… ». Cinq ans après 2002, on retrouve en effet dans la campagne électorale actuelle les mêmes travers que ceux qui furent alors dénoncés sur le thème : « On ne nous y reprendra plus ! ».
C’est vrai des fameux parrainages, c’est vrai aussi des non moins célèbres sondages.
500 signatures d’élus à déposer avant le 16 mars pour pouvoir se présenter à l’élection présidentielle, c’est la caution politique nécessaire pour bénéficier des moyens importants que donne une campagne officielle. Beaucoup parmi les quelque 40 prétendants (!) à la course, nous refont cette année encore le sketch : « Je n’ai pas mes signatures, c’est un scandale ! ». Et voilà que les principaux candidats promettent tous de modifier ce filtre pour la prochaine fois, sans qu’on sache bien si leur système serait fondamentalement meilleur. Mais c’est oublier qu’en 2002, tout le monde regrettait que 16 candidats soient alignés sur la ligne de départ avec la conséquence dont on se souvient. C’est oublier qu’une élection présidentielle, ce n’est ni la foire aux associations ni le catalogue des revendications corporatistes ! Si une dizaine de candidats représentant les principaux courants de pensée (ce ne serait déjà pas si mal) se présentaient à nos suffrages, cela ne ferait guère que 5000 parrainages nécessaires sur environ 48 000 élus en capacité de donner leur signature. Autrement dit, il y a de la marge et le système, pour imparfait qu’il soit évidemment, est peut-être le meilleur qui puisse être. Pourquoi vouloir en permanence changer les règles du jeu ?
Mais cette fragile mémoire politique se vérifie aussi dans le crédit accordé aux sondages. 2002 en France mais aussi 2004 aux Etats-Unis où on nous annonçait la victoire de John Kerry… L’histoire politique récente est jalonnée de tous ces déboires « sondagiers ». On sait que, de plus en plus, les électeurs se déterminent au dernier moment (20% dans les 3 derniers jours, paraît-il, pour les dernières présidentielles !) ou se jouent des sondeurs en ne répondant pas sérieusement aux questions. Mais rien n’y fait. On a la « sondagite aiguë ». C’est comme ça qu’on se retrouve avec des candidats « vedettes ». Le Pen, Chevènement ou Besancenot en 2002, Hulot puis Bayrou cette année. Dans des registres très différents, ils incarnent tous l’esprit de jacquerie cher aux Gaulois que nous sommes restés. Ils sont quelque part tous en mesure de faire « sauter le fourbi » et ça plaît forcément. Jusqu’au moment où tout cela pourrait se vérifier dans les urnes !
Qu’est-ce qu’on fait le dimanche ?
Editorial par Bernard Bienvenu
Propositions de lois, dérogations de plus en plus nombreuses et maintenant rapport du Conseil Economique et Social qui plaide pour un nouvel assouplissement de la loi de 1906… On le voit bien, de toutes parts monte la pression pour que l’ouverture des commerces le dimanche devienne la règle. L’ogre consumériste dévore tout sur son passage et veut mettre fin à une conquête sociale somme toute récente (tout juste 100 ans) même s’il ne faut pas oublier que c’est la Bible qui, la première, prescrivit le repos dominical : « …au septième jour, Dieu chôma après tout l’ouvrage qu’il avait fait… » (Genèse 2,2)
Les arguments solides ne manquent pourtant pas qui militent pour un maintien de la législation actuelle sous réserve de quelques aménagements. On peut par exemple penser que le budget des ménages n’est pas proportionnel au nombre de jours d’achats possibles. Que le dimanche c’est un temps de respiration sociale, un jour de pause différent des autres et qui rythme la semaine. C’est aussi le jour où le petit commerce en alimentation peut jouer sa carte parce qu’il est traditionnellement ouvert le matin ! Enfin, si la principale activité dominicale consiste bientôt à pousser son chariot en famille dans les allées des grandes surfaces, ne faudra-t-il pas alors désespérer de l’humanité ?
Malheureusement, il est assez vraisemblable que dans les années à venir, ce verrou législatif sautera. D’abord parce que le chiffre d’affaires des magasins d’ores et déjà ouverts, progresserait dit-on sensiblement. D’autre part, même si agite l’ultra libéralisme comme un épouvantail, 56% des français approuveraient cette évolution alors que la plupart sont attachés pour leur propre compte au sacro-saint week-end ! Beaucoup de pays européens tendent eux aussi à autoriser tous les commerces le dimanche. La très catholique Pologne l’a fait dès l’ouverture du rideau de fer et considèrerait aujourd’hui l’obligation de fermeture comme une mesure cryptocommuniste ! Enfin l’e-commerce, autrement dit la capacité d’acheter sur Internet à toute heure du jour et de la nuit, se fiche comme d’une guigne de la loi de 1906 !
C’est dire si le contexte n’est pas bon pour tous ceux qui voudraient résister à cette tendance. Pour cela, il faudrait sans doute une volonté politique forte qu’on ne sent pas poindre actuellement. On est d’accord désormais pour interdire de fumer, pour limiter strictement la vitesse ou pour lutter contre l’obésité parce que les victimes sont facilement quantifiables. Mais l’appétence de consommation est lui sans limite. Qui saura jamais en mesurer les conséquences sociales ?