Une page se tourne
Il flotte depuis dimanche soir comme un parfum de mai 1981. Quelque chose nous dit que la politique ne sera plus comme avant alors que certains craignent pour leur avenir ! Pas plus que le ciel n’est jamais tombé sur la tête des électeurs de droite après l’élection de François Mitterrand, les partisans de Ségolène Royal vont bien vite constater que le soleil continuera de briller sur un pays qui a prouvé, par sa participation et l’indiscutable résultat, qu’il est et restera une grande démocratie.
Mais indiscutablement, quelque chose change, une page se tourne. Une génération d’hommes et de femmes politiques nouveaux prennent les rênes, au comportement et aux discours iconoclastes. Le nouveau Président de la République sera le premier à n’avoir ni vécu la Deuxième Guerre mondiale ni travaillé avec ou contre le Général de Gaulle ! Cette banale et évidente constatation est au fond plus importante qu’il n’y paraît tant il est vrai que la période de l’occupation et de la libération avait durablement marqué jusqu’ici les comportements politiques Qu’on le veuille ou non, que l’on soit d’accord ou pas avec la lecture de l’histoire telle que les vainqueurs l’ont écrite, la droite portait depuis 1945 les stigmates de la collaboration. Or, la génération Sarkozy appartient à un autre monde. Comme l’écrit Thierry Wolton*, « ce cycle de l’histoire s’achève… la droite est aujourd’hui décomplexée et ne se sent pas redevable d’un passé dont elle n’est pas comptable … ». D’où l’inefficacité des slogans « TSS, tout sauf Sarko » ou « Sarko facho ».
Et du coup, la nouvelle génération des leaders de gauche à son tour, va bien sûr changer le Parti Socialiste. Ségolène l’a royalement démontré pendant sa campagne parfois surprenante. La défaite cuisante qu’elle a subi dimanche dernier ne sera pas sans conséquence. Jusqu’aux prochaines élections législatives, la gauche va s’essayer à la paix armée mais chacun a déjà bien compris que le Parti Socialiste est appelé à éclater. D’un côté les partisans d’une alliance avec la gauche antilibérale et du « non » au référendum européen de 2005, et de l’autre, les partisans d’une social-démocratie, favorable à l’économie de marché. Ce sont ces partis socio-démocrates là que l’on rencontre dans tous les pays européens. La France est la seule à se distinguer avec un Parti Socialiste qui n’a pas voulu ou pas pu jusqu’ici, se donner un corps de doctrine clair et moderne. C’est en grande partie pour cela que la gauche, pour la troisième élection présidentielle de suite, entre sans doute dans un quinquennat d’opposition. Paradoxalement, la défaite de dimanche lui offre peut-être une chance historique pour de prochaines victoires électorales.
* journaliste, essayiste et écrivain, dans Le Figaro du 7 mai : « la fin de l’exception française »
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