Pas de députés « godillots »
La campagne s’achève mais c’est tout juste si on s’était aperçu qu’elle avait commencé ! On sait bien que dimanche, c’est le premier tour des élections législatives mais franchement, l’enthousiasme n’y est pas et la participation électorale risque de s’en ressentir. Après des mois d’une campagne présidentielle tonitruante et passionnante, on a peut-être depuis le 6 mai, envie de passer à autre chose. Les journaux ne s’y trompent pas qui ont renoncé à faire leurs Unes sur ce sujet. Et il faut beaucoup d’abnégation et de sens du service public (même pour des entreprises éditrices privées !) pour consacrer des pages entières aux enjeux locaux et aux trop nombreux candidats, dans l’espoir de donner aux lecteurs des raisons de s’intéresser quand même à ce scrutin. Non pas que celui-ci ne soit pas d’importance ! Non pas que les députés ne jouent pas un rôle essentiel dans notre démocratie mais les jeux, plus que jamais, paraissent faits d’avance. En effet, il apparaît légitime et logique à chacun, y compris aux yeux des représentants de l’opposition qui ne peuvent le dire trop fort (!), que la majorité qui sortira des urnes le 17 juin soit en cohérence politique avec le Président élu le 6 mai. De même bien sûr qu’il eut été légitime que la majorité parlementaire soit de la même « couleur » que Ségolène Royal si celle-ci avait été élue… La cohabitation entre un(e) Président(e) et une majorité politique différente doit rester l’exception qui confirme la règle dans notre vie démocratique.
Qu’on le veuille ou non, l’élection clé de nos institutions, c’est la présidentielle avec aujourd’hui un Nicolas Sarkozy omniprésent dans l’action gouvernementale. Cette présidentialisation du régime est aussi bien sûr une conséquence du quinquennat qui coïncide désormais avec la durée du mandat des députés.
Prenant acte de cette situation et de cette logique politique institutionnelle, il convient pourtant de ne pas élire des députés « godillots ». La majorité parlementaire qu’on se choisira n’est pas « offerte » au Président qui en disposerait à sa guise. Si on conçoit mal que celle-ci s’oppose systématiquement aux projets du gouvernement, on ne comprendrait pas non plus que les députés ne fassent jamais entendre leurs différences. Pour améliorer les textes ou même pour s’y opposer si d’aventure, l’exécutif s’engageait dans des impasses (que l’on se rappelle le fameux CPE !).
A un pouvoir présidentiel fort, doit correspondre un contre pouvoir parlementaire efficace. On n’a pas nécessairement besoin de changer le numéro de la République pour cela. Quelques réformes de base suffiraient à redonner au Parlement un rôle plus grand de contrôle et d’initiative. On appelle ça « l’équilibre des pouvoirs ». Comme beaucoup d’autres candidats, Nicolas Sarkozy l’a promis au printemps. Il reste au nouveau Président à le mettre en œuvre.