Le Blog des éditos de l’Ain

Des points de vue…

Menaces sur les minorités

Il n’y a guère que Jean-Pierre Chevènement pour juger que la visite du ministre français des Affaires étrangères à Bagdad fut « un voyage à Canossa » ! Quatre ans après le déclenchement de la guerre, il n’est plus temps de savoir si les Américains ont eu raison d’ouvrir les hostilités. Tout le monde sait, et eux aussi désormais, que ce fut une grave erreur.
Ce qui compte aujourd’hui, c’est de savoir si les pays européens peuvent être des intermédiaires utiles pour renouer les fils du dialogue. Et de ce point de vue, Bernard Kouchner a eu raison d’aller à la rencontre de toutes les communautés irakiennes comme il le fait déjà pour le Liban. L’absence de résultats à court terme ne vaut pas jugement sur le sens de sa politique.
Pour l’heure, en Irak, c’est un désastre chaque jour plus grand ! Attentats, enlèvements et assassinats se succèdent. C’est devenu tragiquement banal et on ne sourcille même plus à l’annonce de ces évènements qui finissent par ne plus en être, pour nos oreilles distraites par tant d’autres nouvelles !
Pourtant, derrière les statistiques, il y a des hommes, des femmes, des vieillards et des enfants qui vivent dans la peur quand ils ne sont pas directement frappés dans leur corps. Mais, à ces drames humains, s’ajoute en Irak, comme au Liban ou en Palestine, un enjeu culturel, religieux et politique qui n’est pas sans importance pour l’avenir de la paix elle-même : celui des minorités religieuses et notamment des minorités chrétiennes. Elles sont l’objet de menaces ciblées et vivent aujourd’hui une véritable épuration menée par des islamistes fondamentalistes. Enlevés, intimidés, assassinés, obligés pour certains de se convertir à l’Islam, les chrétiens sont assimilés aux « croisés américains ». Et beaucoup, quand ils le peuvent, choisissent de fuir leur pays pour sauver leur peau. Un quart des 400 000 chrétiens irakiens auraient déjà quitté cette terre qu’ils habitent pourtant depuis toujours. Les chrétiens auront peut-être bientôt disparu d’Orient et c’est tout l’équilibre et le pluralisme culturel qui risquent alors de disparaître avec eux.
Pour nous Européens, c’est notre propre identité culturelle qui serait alors coupée de ses racines. Pour eux les Orientaux, les chrétiens ont souvent été dans l’histoire des « passeurs », des « ponts » entre les communautés qui ne cessent de se déchirer. Leur départ serait à tous points de vue un tragique appauvrissement. Si le pluralisme est demain effacé définitivement des rares pays où il est encore une réalité même fragile, ce sera alors la dangereuse victoire des tenants du choc des civilisations.
C’est pourquoi il était sans doute important que la France, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, redise inlassablement à tous que la paix se construit sur la tolérance et le respect des identités culturelles.

août 23, 2007 - Posté par Anthony Darmedru | Bernard Bienvenu | | Pas encore de commentaires

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