Pas de députés « godillots »
La campagne s’achève mais c’est tout juste si on s’était aperçu qu’elle avait commencé ! On sait bien que dimanche, c’est le premier tour des élections législatives mais franchement, l’enthousiasme n’y est pas et la participation électorale risque de s’en ressentir. Après des mois d’une campagne présidentielle tonitruante et passionnante, on a peut-être depuis le 6 mai, envie de passer à autre chose. Les journaux ne s’y trompent pas qui ont renoncé à faire leurs Unes sur ce sujet. Et il faut beaucoup d’abnégation et de sens du service public (même pour des entreprises éditrices privées !) pour consacrer des pages entières aux enjeux locaux et aux trop nombreux candidats, dans l’espoir de donner aux lecteurs des raisons de s’intéresser quand même à ce scrutin. Non pas que celui-ci ne soit pas d’importance ! Non pas que les députés ne jouent pas un rôle essentiel dans notre démocratie mais les jeux, plus que jamais, paraissent faits d’avance. En effet, il apparaît légitime et logique à chacun, y compris aux yeux des représentants de l’opposition qui ne peuvent le dire trop fort (!), que la majorité qui sortira des urnes le 17 juin soit en cohérence politique avec le Président élu le 6 mai. De même bien sûr qu’il eut été légitime que la majorité parlementaire soit de la même « couleur » que Ségolène Royal si celle-ci avait été élue… La cohabitation entre un(e) Président(e) et une majorité politique différente doit rester l’exception qui confirme la règle dans notre vie démocratique.
Qu’on le veuille ou non, l’élection clé de nos institutions, c’est la présidentielle avec aujourd’hui un Nicolas Sarkozy omniprésent dans l’action gouvernementale. Cette présidentialisation du régime est aussi bien sûr une conséquence du quinquennat qui coïncide désormais avec la durée du mandat des députés.
Prenant acte de cette situation et de cette logique politique institutionnelle, il convient pourtant de ne pas élire des députés « godillots ». La majorité parlementaire qu’on se choisira n’est pas « offerte » au Président qui en disposerait à sa guise. Si on conçoit mal que celle-ci s’oppose systématiquement aux projets du gouvernement, on ne comprendrait pas non plus que les députés ne fassent jamais entendre leurs différences. Pour améliorer les textes ou même pour s’y opposer si d’aventure, l’exécutif s’engageait dans des impasses (que l’on se rappelle le fameux CPE !).
A un pouvoir présidentiel fort, doit correspondre un contre pouvoir parlementaire efficace. On n’a pas nécessairement besoin de changer le numéro de la République pour cela. Quelques réformes de base suffiraient à redonner au Parlement un rôle plus grand de contrôle et d’initiative. On appelle ça « l’équilibre des pouvoirs ». Comme beaucoup d’autres candidats, Nicolas Sarkozy l’a promis au printemps. Il reste au nouveau Président à le mettre en œuvre.
Editorial par Bernard Bienvenu
La danse du centre
57 % des électeurs (un record) se sont prononcés pour l’un ou l’autre des candidats issus des grands partis de gouvernement mais ce sont les 18,5 % du centre qui font l’objet depuis dimanche de toutes les sollicitations. Ballet de séduction ou danse du scalp, on ne sait pas vraiment et le mouvement à de quoi ravir François Bayrou. Il est bien au … centre de la vie politique, au moins jusqu’au 6 mai. Voilà de quoi satisfaire son ego. Mais le troisième homme du 22 avril ne doit pas oublier que la valse est une danse qui se joue aussi à trois temps. Premier temps, c’est celui de la séduction. C’est le temps du chacun pour soi des concurrents et ça a plutôt bien marché pour l’UDF dimanche dernier. Deuxième temps, on se laisse courtiser parce qu’on s’est révélé bon danseur. On y est et François Bayrou, tout sourire, peut rester pour l’heure dans une confortable et fausse neutralité. Mais viendra le troisième temps, celui du choix du partenaire. Ce sera le moment des élections législatives de juin qui donneront, il faut l’espérer, une majorité claire au (à la) futur(e) Président(e). Jamais depuis la Vème République, le centre n’a pu participer au pouvoir sans alliance. Parce que la logique des institutions conduit à la bipolarisation. Et les résultats de ce premier tour ont démontré que ce système parfois caricatural et sans nuance est quand même celui qui est plébiscité par l’électorat, sans doute aussi parce qu’il est le seul efficace et clair. Sans alliance, aucune chance d’avoir un groupe parlementaire qui compte. Et sans groupe parlementaire, pas de partage du pouvoir. A quoi peut bien servir un nouveau parti politique et des idées qui ne déboucheraient jamais sur des actions concrètes ? (voir ce qui arrive au Front National !)
En refusant d’arbitrer le deuxième tour des présidentielles, François Bayrou prend le risque de la marginalisation. Ses électeurs venus de tous les coins de l’échiquier politique vont le 6 mai et pour la majorité d’entre eux, rejoindre leur famille d’origine. Ce qui les a réunis sous sa bannière dimanche dernier, c’est plus le rejet de chacune des deux fortes personnalités, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, ou du système, que l’adhésion à un corpus idéologique dont on a eu du mal à percevoir la ligne directrice. Mais c’est aussi pour cela qu’il ne peut pas aujourd’hui se prononcer clairement !
Sans doute François Bayrou parie-t-il sur l’éclatement d’un parti socialiste défait au soir du deuxième tour et dont il pourrait ramasser les morceaux socio-démocrates. Mais dans ce cas là quelles sont ses chances de devenir le leader naturel d’un courant qui regorge déjà au PS de têtes d’affiches ?
Pour l’heure, on comprend mal ce qui conduit les deux finalistes à cette danse du centre. Forts de leur succès respectif, c’est à partir de leur projet qu’ils peuvent espérer agglomérer une partie chacun des électeurs de François Bayrou. Une valse ne se termine jamais par un grand écart !
Dans l’Ain, j’étais bien…
Difficile de quitter ceux qu’on aime. Quitter ma « famille » Voix de l’Ain ne se fait pas sans déchirement. C’est grâce à ce poste de rédacteur en chef que j’ai gagné, vraiment, des racines de cœur dans ce département. La famille Voix de l’Ain ne se résume pas au cercle à la fois chaleureux et professionnel de l’entreprise et de ceux dont le métier est de réaliser le journal chaque semaine, chacun dans sa mission. Je pense aussi à ceux qui font Drôme Hebdo, l’Hebdo de l’Ardèche et la Croix de la Haute-Marne, édités comme Voix de l’Ain par la société HCR (Hebdomadaires catholiques régionaux). Ce sont aussi les correspondants, qui nourrissent la chronique locale et les relations humaines qui font la richesse de notre métier de journaliste, en presse locale et régionale. Et puis bien sûr, les nombreux contacts que nous avons sur le terrain, aussi variés que forts en “‘liant”. Ce qui fait que ce métier de « localier » n’est pas comme les autres, c’est justement cette chance de rencontrer chaque jour des personnes aussi différentes qu’un colonel de gendarmerie, un éleveur, une mère de famille, un élu brillant, un maître d’hôtel, un manifestant, un donneur de sang, un médecin, un artiste, un joyeux, un triste, un jeune, un vieux… Le véritable pouvoir de notre forme de presse, on l’oublie souvent, c’est de mettre en valeur des gens a priori ordinaires. Donc de créer du lien social, de la vie. Une attitude dont on récolte les fruits dans notre vie personnelle. Je souhaite à Nicolas de vivre les mêmes moments intenses avec la rédaction, dans son métier, et avec les « Ainois », comme nos lecteurs ont préféré appeler ces habitants sans nom qui sont bressans, dombistes, bugistes, gessiens ou… revermontois comme je l’étais à Revonnas (le magazine « ça m’intéresse » cite ce mois-ci notre blog sur l’homme et la femme de l’année : www.voixdelainaindien.wordpress.com). Et je souhaite à Voix de l’Ain de rester fidèle à ses valeurs, à son histoire, tout en sachant évoluer avec ses lecteurs, toujours plus proche d’un terrain dont elle sent le cœur battre comme aucun autre média. Au moment de partir, et avec un peu d’ironie, je pense inévitablement à ce slogan qui colle encore aux basques de l’Ain et qui lui donnait une image contraire à son dynamisme naturel : « dans l’Ain, on est bien ! » J’y étais bien plus que « bien »… Et j’y reviendrai avec plaisir et émotion le plus souvent possible !
David Guévart
Pactes pluriels
Pacte : « convention de caractère solennel entre plusieurs personnes. » Voilà le mot « clé » de cette campagne électorale. Il y a le « pacte présidentiel » de Ségolène Royal et le fameux « pacte écologique » de Nicolas Hulot. Sans oublier le pacte des agriculteurs de la FNSEA, celui de « Bondy » ou encore le pacte de l’association « AC le feu ». Autant de documents que les candidats ont été sommés de signer comme autant d’actes de reddition. Les leaders politiques ont tous perdu la bataille de l’autorité et de la crédibilité. Il leur reste donc pour survivre, à s’engager noir sur blanc dans des documents qui pourront leur être opposés, avant d’être électoralement fusillés si d’aventure ils ne respectaient pas leur signature. Les journalistes eux-mêmes se sont faits complices de cette nouvelle pratique. A la fin de chaque émission « A vous de juger » sur France 2, Arlette Chabot a fait parapher par chacun de ses invités, un texte qui résumait leur pacte électoral. Comme toujours, le choix des mots n’est pas anodin. On parlait jusqu’ici de « programmes électoraux », de « projets ». Mais la parole politique est à ce point dévaluée qu’il a fallu rajouter un degré supplémentaire dans l’échelle de la sémantique politique pour tenter de réconcilier les électeurs avec la démocratie.
Ce sont donc désormais les groupes de pression organisés qui dictent leurs choix aux candidats et imposent les thèmes du débat. On est bien loin de l’époque où l’élection présidentielle, c’était la rencontre d’un homme habité de convictions et d’ambitions pour son pays, avec le peuple. Et du coup, on perd de vue le sens de l’intérêt général. La question n’est plus : « qu’est-ce que vous ferez pour mon pays ? » Elle est désormais : « qu’est-ce que vous ferez pour moi ? » C’est donc le règne du « je » qui ne s’articule plus avec le « nous » pour faire un « je-nous » qui permette d’avancer* !
Les candidats ont tous essayé de parler de l’Europe et de la panne dans laquelle elle se trouve depuis le « non » français au traité constitutionnel. Mais qui ça intéresse vraiment ? On risque de fêter dimanche 25 mars, le 50e anniversaire du Traité de Rome dans l’indifférence générale. Pourtant, avant d’évoquer une VIe République Française, ne devrions-nous pas débattre de la façon dont on entend réformer les institutions européennes puisque c’est à ce niveau-là que se joue l’avenir ?
Peut-être faudra-t-il attendre pour cela une menace concrète sur nos intérêts vitaux pour qu’on prête enfin à l’Europe l’attention qu’elle mérite. Un consensus alors bâti dans l’urgence, comme on le fait aujourd’hui à propos de l’environnement. Décidément, on ne se refait pas.
* d’après Bruno-Marie Duffé, théologien et philosophe lyonnais
Ingrid B. otage des Farc depuis 5 ans
L’éditorial – David Guévart
Ingrid B.
Que manque-t-il pour localiser la plus ancienne otage française retenue à l’étranger, Ingrid Betancourt ? En 2007, n’importe qui peut, via internet, obtenir une vue aérienne de sa propre maison, et même compter chacun des carreaux que compte sa terrasse ! Dans la jungle colombienne, ce seraient près de trois mille otages qui échapperaient à la vigilance de la communauté internationale ? Les arbres de 40 m de haut laissent à peine passer la lumière, mais la pression de l’armée officielle et les moyens qui ont été mis à sa disposition par les Américains devraient tout de même permettre d’en savoir un peu plus sur les mouvements des forces armées révolutionnaires colombiennes (Farc). Eh bien non. L’on comprend que Mélanie Delloye, la fille d’Ingrid Betancourt, enlevée le 23 février 2002 par les Farc alors qu’elle était candidate des Verts à l’élection présidentielle colombienne, s’en prenne en ces termes à Dominique de Villepin, premier ministre : « Vous nous avez soutenus, mais il n’y avait pas de volonté politique derrière. »
Les proches d’Ingrid Betancourt appellent de leurs vœux une vraie coopération franco-américaine pour peser sur le gouvernement colombien. Mais on s’embourbe dans le débat sur la stratégie à tenir. Action militaire ? C’est ce que préconise l’ancien otage nommé ministre des Affaires étrangères cette semaine. Lui-même se serait libéré en décembre 2006 à la faveur d’une action militaire de l’armée régulière. Mais les risques pour les otages sont trop importants. En attendant, ces derniers vivent, selon tous les témoignages de ceux qui s’en sont sortis, dans des conditions animales, drogués, mal nourris, marchant toute la journée, en proie aux maladies et aux violences de leurs geôliers… Les Farc sont une des plus vieilles et archaïques guérillas du monde. Infiniment riches grâce à l’argent de la drogue, elles n’ont plus aucune base de l’idéologie marxiste à laquelle elles s’identifient encore. La France, avec la communauté internationale, devrait s’acharner à libérer les otages des Farc dont Ingrid Betancourt est un symbole bien au-delà du territoire hexagonal. Alvaro Uribe lui-même, cette semaine, demandait que la France aide la Colombie à localiser les otages tout en excluant une participation française à leur libération. Selon lui, Ingrid Betancourt pourrait se trouver à l’étranger. Quelle désagréable impression d’imaginer que les vies de milliers de personnes entrent dans des calculs stratégiques ou politiques de chefs d’État pas vraiment dignes d’exercer le pouvoir au XXIe siècle…
« Drogués, mal nourris, marchant toute la journée, en proie aux maladies »
Et Dieu créa l’homme et la femme…
L’éditorial David Guévart
Tout ce qui existe sur terre est l’œuvre de Dieu. L’affirmation est biblique. Elle est aussi coranique. Dans le Livre des chrétiens, l’ancien testament propose un récit symbolique et poétique de la création du monde par Dieu. En six jours, II fit le ciel et la terre, les astres, les mers, le jour et la nuit, « les êtres vivants selon leur espèce » et, le sixième jour, l’homme et la femme, à Son image. « Au septième jour, il chôma. » La formule de conclusion de chaque jour est la suivante : « Dieu vit que cela était bon. Il y eut un soir, il y eut un matin… » Très tôt dans l’histoire, la portée symbolique de ces textes s’impose sur le littéralisme biblique. La lecture littérale de la Genèse a engendré une doctrine finalement assez récente, qu’on résumerait sous le terme de « créationnisme ». L’Homme ne peut qu’admettre son ignorance et son humilité face au mystère de la création de l’univers. Le croyant possède la certitude que l’Univers, d’une façon générale, a été créé par un être suprême : Dieu. Les trois principales religions monothéistes se retrouvent sur ce point fondamental.
De là à prendre les textes au pied de la lettre, il n’y a qu’un pas que les fondamentalistes ont eu tôt fait de franchir au fur et à mesure que la science repoussait les limites de la connaissance sur les origines du monde. C’est au XXe siècle surtout que s’est développé un dur combat, encore très présent aujourd’hui aux États-Unis d’Amérique, opposant les évolutionnistes et les créationnistes. Les premiers sont convaincus par les études de Charles Darwin sur l’évolution des espèces. Les seconds veulent que leur croyance soit considérée comme une hypothèse scientifique concurrente aux théories de l’évolution.
L’Église catholique, longtemps méfiante vis-à-vis de la science qui la bousculait dans ses certitudes, s’est comportée de manière ouverte ces dernières années. Le pape Jean-Paul II a, en 1996, reconnu que les théories de Darwin sont « plus qu’une hypothèse ». Et la grande majorité des Catholiques accepte la neutralité de la science. La séparation entre religion et science permet au plus savant des chercheurs de croire en un mystère de la création en même temps que de constater que les êtres vivants ont évolué au fil du temps et n’ont pas été créées ex-nihilo sous leur forme actuelle. C’est une façon moderne de vivre sa foi et de faire vivre sa religion avec son temps.
Il est donc incroyable de constater que des écoles – américaines notamment – refusent d’informer les élèves sur les travaux scientifiques « évolutionnistes ». Le littéralisme biblique aurait, en France, quelque chose de ridicule et ne servirait sûrement pas la cause de la religion. Mais cela n’a pas fait reculer un autre fondamentaliste. Le Turc Harun Yahya (Adnan Oktar) s’appuie sur le coran pour construire ses arguments créationnistes, en vogue dans les mouvements islamistes depuis les années 1980. Il a envoyé en janvier 2007 des centaines d’exemplaires de son Atlas de la création à des lycées qui l’ont vite mis hors circuit. Présenté comme un ouvrage scientifique, il présente des photos, au besoin retouchées, présentant des espèces vivantes actuelles et leur fossile, pour démontrer que les organismes n’ont pas évolué au cours de leur histoire. Ainsi, loin de la subtilité des croyants qui sont convaincus que Dieu a voulu que l’Homme soit un être à son image, un être à part dans l’univers, ces créationnistes ne tolèrent qu’un vérité : Dieu a créé chaque être et tout ce qui existe sur terre de manière individuelle et spécifique. Mettre autant de moyens pour nier des preuves scientifiques est forcément suspect. Et il ne suffit peut-être pas d’en rire pour mettre hors d’état de nuire des théories dont l’impact – on le voit avec l’affaire des caricatures du prophète – pourrait facilement être de monter des communautés les unes contre les autre. Les totalitaristes ont souvent tenté de détourner la religion pour en faire une arme de manipulation massive.
Les coups bas
Les coups (bas) sont permis
La campagne électorale, en France, est entrée cette semaine dans une phase active. Voilà des mois que les principaux candidats – y compris les François Bayrou, Nicolas Dupont-Aignan, Corinne Lepage, Olivier Besancenot, Philippe de Villiers, etc. – se démènent comme il peuvent pour attirer l’attention des médias, et surtout celle des électeurs. Qu’on le veuille ou non, une campagne électorale, surtout pour un scrutin uninominal comme les présidentielles, est une véritable compétition. Pas seulement un débat d’idées. Il faut convaincre, mais aussi séduire, marquer les esprits, briller, bouger, s’agiter… et aussi se battre contre d’autres candidats. C’est en cela que cette semaine – la troisième de l’année 2007 – a été en quelque sorte « fondatrice » de la campagne à venir.
Nicolas Sarkozy a été plébiscité par l’UMP comme candidat du parti de la majorité présidentielle, sur fond de coups bas et de ralliements au compte-goutte de ses rivaux. Dont la plupart sont justement des proches… du président de la République. De son côté, Ségolène Royal a connu son premier « trou d’air » avec une baisse dans les sondages, un désaccord sur les propositions fiscales de François Hollande, premier secrétaire du parti et compagnon de la candidate, et enfin une campagne de déstabilisation sur internet qui se termine par une plainte en diffamation. Est-il vraiment inconcevable que la candidate du parti socialiste soit imposée, avec son compagnon, sur la fortune ? Et puis il y a les « autres », qui stigmatisent, à l’instar de François Bayrou, patron de l’UDF, la bipolarisation de la campagne par les médias.
Tous les ingrédients sont réunis pour faire de cette campagne une réussite. Les électeurs n’ont pas seulement besoin de programmes de fond pour s’intéresser à la politique. Certes, les guéguerres claniques dans le but de récupérer le pouvoir à tout prix agacent. Mais le jeu, vieux comme la démocratie, des petites phrases, des joutes verbales, des coups de gueule, des « casseroles » retrouvées dans le passé de chacun, ça ne grandit pas la politique, mais ça la rend populaire. C’est aussi ce qui oblige les candidats à se forger un caractère de président(e). Ils doivent à la fois rassembler large sur l’échiquier politique, et se distinguer dans un paysage assez flou, finalement. Et se montrer capables de contrer les attaques les plus directes comme les plus insidieuses. En se rappelant que toute attaque jugée malhonnête par l’opinion peut se retourner contre son auteur.
D’ici au 22 avril, les candidats vont devoir se battre pour leurs idées, leurs projets, et contre leurs adversaires. L’objectif numéro un doit être de faire gagner la démocratie, et l’Homme, au cœur du débat.
« Les joutes verbales rendent la politique populaire »
Les peuples et les dictateurs
« Cette date symbolique accentue les clivages ethniques et confessionnels, le divorce entre sunnites et chiites »
L’actualité de ce début d’année 2007 laisse peu de place aux sujets heureux, positifs et incitant à l’optimisme. Nous aurions préféré, pour ce premier édito, adresser à nos lecteurs des vœux parfumés à l’encre sympathique, mais ils auraient semblé bien transparents dans le tumulte qui secoue notre belle planète sans se soucier des trêves de confiseurs bien occidentales. Un proche nous souffle à l’oreille qu’il y aurait beaucoup à dire sur « le droit des peuples à disposer de leurs dictateurs ». Une belle question philosophico-politique !
« Condamné à mort le 5 novembre, pour “crime contre l’humanité”, pour avoir ordonné la mise à mort de 148 villageois chiites en 1982, Saddam Hussein a été pendu, dans une caserne de Bagdad, à l’aube, avant le début de la fête musulmane de l’Aïd-el-Kébir. » La dépêche contient des débuts de commentaire. La date de l’exécution n’a pas été choisie au hasard. L’Aïd Al Adha (Aïd el Kébir) commémore le geste d’Ibrahim (Abraham) qui, selon le Coran, était sur le point d’égorger son fils Ismaïl sur ordre de Dieu lorsque ce dernier lui envoya un mouton voué au sacrifice pour épargner son fils. « Les Etats-Unis offrent Saddam en sacrifice sur l’autel de la guerre civile irakienne », notent des éditorialistes arabes, en référence aux violences confessionnelles qui font rage en Irak. Mais l’exécution du dictateur, l’un des tyrans les plus morbides du XXe siècle, ne tournera pas vraiment la page. Cette date symbolique accentue les clivages ethniques et confessionnels, le divorce entre sunnites et chiites, et risque donc de généraliser les conflits dans le Golfe. De fait, les tensions se sont exacerbées entre les sunnites, qui dénoncent un acte de vengeance du gouvernement irakien, chiite ; une tension accentuée par une vidéo volée de la pendaison, largement diffusée sur internet, indigne des démocraties modernes. Même les opposants au dictateur déchu regrettent la rapidité avec laquelle la condamnation à mort a été exécutée : sa mort met fin à toutes les poursuites qui avaient été engagées contre lui, en particulier le procès Anfal, où il était jugé pour génocide contre la population kurde et accusé d’être responsable de la mort de 180 000 personnes en 1987-1988. Bagdad n’a pas seulement perdu une opportunité de faire preuve de magnanimité dont l’Irak a désespérément besoin. Il a aussi raté la possibilité de juger Saddam pour ses crimes contre l’humanité.
Bonne année, bons votes !
2007. Depuis combien de temps déjà cette année est marquée d’une croix sur les calendriers électoraux ? Au moins depuis que Jacques Chirac, honorant une promesse, a décidé le quinquennat. En réduisant de sept à cinq ans la durée du mandat présidentiel en France, il a rompu le charme que Charles de Gaulle avait créé autour de cette fonction. Le régime présidentiel est vraiment devenu ce qu’il tendait à devenir à cause de la cohabitation : un régime parlementaire. A moins que ? A moins que le président élu en 2007 redevienne le chef tout puissant, fort de l’effet d’inertie que son élection personnelle jouera sur les élections législatives dans la foulée. On n’ose imaginer les Français élire un président, et voter le mois suivant pour des députés de tendance opposée, au risque de créer une cohabitation, non de conjoncture, mais d’incohérence. Si tel était le cas, il faudrait évidemment abandonner cette Ve République qui nous est si chère…
Bref, 2007 sera une année historique. Après leur président, les électeurs choisiront leurs députés, puis un an après au plus tard, leur maire, leur conseiller général, et par l’intermédiaire des grands électeurs, leurs sénateurs.
Bien sûr, seuls frétillent les milieux politiques, et les médias qui adorent l’ambiance exaltante des joutes électorales. Mais les Français se glisseront-ils au creux de l’oreille, le soir du réveillon sous le gui : « Bonne année, bon vote » ? Ce n’est pas faute d’une mobilisation générale du monde politique, mais il reste encore, cette semaine, près de trois millions d’électeurs potentiels qui gâcheront leur droit de vote, si chèrement acquis, en ne s’inscrivant pas sur les listes électorales. Et parmi les inscrits, on sait que les abstentionnistes seront comptabilisés en priorité le 22 avril, parce qu’ils joueront malgré eux un rôle d’arbitres. Pourtant, les sujets de société ne manquent pas, dont l’évolution pourrait être radicalement différente en fonction du candidat choisi. Les tentes très controversées dans le monde associatif, des “Enfants de Don Quichotte”, accueillant les SDF à Paris, ne sont que la partie émergée de l’iceberg de la pauvreté, de l’exclusion, du chômage, d’un coût de la vie qui explose… Le malaise des banlieues a fait prendre conscience à pas mal de jeunes qu’il valait mieux glisser un bulletin dans l’urne que jeter un cocktail molotov sur un bus. Espérons que le contexte international, notamment en Orient, la santé publique, l’Education, la réforme des retraites, les créations d’entreprise et d’emplois, l’Europe… seront autant de sujets qui motiveront les citoyens. Tout gaulois que nous sommes, nous ne pouvons pas passer notre temps à ronchonner en craignant que le ciel ne nous tombe sur la tête, sans de temps en temps prendre notre avenir en mains ! Choisir ceux qui auront la charge de conduire les destinées du pays et de la société, ce n’est pas comme voter pour la nouvelle star de l’année. Bonne année et… bon vote !

Les sujets ne manquent pas, dont l’évolution pourrait être radicalement différente en fonction du candidat élu.
Joyeux Noël !
L’éditorial David Guévart
Joyeux Noël !
La société dans laquelle on vit est-elle réellement de pire en pire, comme on l’entend trop souvent ? Le sujet du moment, c’est la pauvreté. Véritable problème central, il ne date pas d’hier. Et qu’est-ce qu’on en dit aujourd’hui ? Que « les fossés se creusent », que les pauvres sont de plus en plus pauvres, que la précarité s’aggrave, que les riches vivent de plus en plus sur le dos des pauvres… Et si l’on arrêtait un peu d’opposer les gens les uns contre les autres ?
Il y a deux mille ans, un bébé naissait dans une crèche, une grange. Dieu s’est fait homme, racontent les évangiles, sous la forme la plus fragile, la plus pauvre de l’époque. Réchauffé par le souffle d’un âne et d’un bœuf. Pourtant, Joseph, époux de Marie, était charpentier. Il avait un métier – qu’il devait apprendre, plus tard, à Jésus. Cela ne le rendait pas riche pour autant. Aujourd’hui, Martin Hirsch, président d’Emmaüs France, identifie la racine de la pauvreté en ces termes : « ce sont les travailleurs pauvres ». Les SDF ne sont pas forcément les clochards d’autrefois, vagabonds sans le sou, pauvres et exclus tout autant par la folie, la maladie, ou par philosophie. Et s’il en reste quelques-uns aujourd’hui dans ce schéma, certaines statistiques affirment que le tiers des SDF a du travail. Des salariés dorment dans leur voiture, se ravitaillent aux Restos du Cœur, appellent à l’aide des structures destinées aux exclus, quand ils ont le courage de demander du secours. Sept millions de français vivraient avec moins de 800 euros par mois.
Noël, ce n’est pas seulement le temps des cadeaux, des débauches d’éclairages et de décorations en tout genre, des réveillons gastronomiques et bien arrosés. C’est aussi, en plein hiver, un temps privilégié pour affirmer sa solidarité. Vivre en chrétien implique cette attitude d’altruisme envers les plus pauvres. Mais pour que cette charité soit efficace, il faut qu’elle se pratique avec espoir, avec le sourire. Pas avec une compassion qui puise sa force dans l’opposition envers « les riches, les nantis, les patrons… », qui peuvent justement aider les premiers. Renouer avec la lutte des classes pour donner de la force aux plus pauvres, c’est jouer contre leur camp ! La meilleure façon de faire jouer la solidarité, n’est-ce pas de tisser des liens entre des mondes qui s’ignorent ? C’est aussi reconnaître que certaines situations difficiles ne le sont pas au regard de ce qui se vivait au début du siècle dernier. Porter un regard positif sur ce que la société moderne offre de confort, d’aide sociale, d’espérance de vie, d’alerte. Joyeux Noël à tous nos lecteurs !
« Noël est un temps privilégié pour affirmer sa solidarité »